Bonjour à tous !
Je suis sûre que vous mourez d'envie de savoir ce qui s'est passé ce week-end, puisque nous n'avons pas donné de nouvelles.
Tout a commencé vendredi matin, dès la fin des cours. Nous sommes partis vers Réo sous le soleil, et sans crème solaire, pour 15 km de piste cabossée en vélo. Une heure après, nous avons eu le plaisir de retrouver Pierre et Marie à la Causette, petit maquis de Réo, avant d'aller manger un vrai repas : un poulet spaghetti petits pois. Le serveur, qui faisait un devoir sur la politique en Afrique, nous a surpris par son introduction, qui comparait les Africains à Abel, le frère meurtrier de Caïn. Cette comparaison reposait sur le fait qu'Abel était l'aîné des deux frères, comme l'Afrique est le berceau de l'humanité, et finissait en serviteur de son cadet. Il en tirait la question suivante : la race noire est-elle réellement maudite ? S'en est suivi un débat sur nos visions de la relation Blancs-Noirs.
Choqués mais rassasiés, nous sommes allé voir une association de femmes qui produisent du beurre de karité bio, et des mangues séchées, que nous avons su apprécier. Puis Pierre et Marie nous ont conduits chez Rachel, une femme qu'ils connaissent depuis longtemps, et qui vit dans la brousse, littéralement. C'est Toucon, au seizième champs de mil, tu tournes à droite, tu traverses un ruisseau occasionné par la pluie, tu continues à travers les champs, et tu arrives sous le baobab, puis dans une cour. C'est une ferme à l'africaine : une cour centrale avec des greniers à mil, des cochons, des ânes, des chèvres, des poulets et des pintades, entourée de cases en terre. Chaque case a une ou deux pièces, et une petite cour fermée par un muret. Le coin salle de bain est rudimentaire : un gros trou pour les toilettes, un petit trou (et un seau d'eau et une calebasse) pour la douche. La première nuit a été longue, entre chaleur et orage, nous n'avons pas très bien dormi, et le matin, les animaux plutôt matinaux nous ont réveillés avant l'heure réglementaire de notre grasse mat'...
Le matin, nous avons retrouvé un ami de Matthieu, Jonas, qui nous a fait visiter les environs. Entre autres, petit pèlerinage sur le lieu où Matthieu vivait et donnait des cours il y a 3 ans. Il a même été reconnu par des enfants du quartier ! La classe. Le midi, quelle ne fut pas notre déception lorsqu'on s'est retrouvés à manger du riz sauce arachide, alors qu'on nous promettait des brochettes. Mais on ne s'est pas laissé abattre, contrairement au mouton que l'on a mangé. Malgré la pluie qui s'annonçait, nous sommes allés faire un tour en brousse, et nous nous sommes perdus au milieu des champs et des cases. Retour à la case départ au maquis la Causette, en attendant que la pluie cesse. Mais après une heure d'attente vaine, nous nous sommes décidés à braver les intempéries, avec nos super k-way pas si imperméables que ça, tout comme nos chaussures. Arrivés trempés chez Rachel, nous avons quand même trouvé le courage de ressortir à la tombée de la nuit pour aller dîner (après grande préparation psychologique). Sur la piste, un minibus, plein phares, klaxonnant, nous a doublés ; c'est là qu'on a entendu les cris ou chants guerriers. Peu rassurés, nous avons compris ensuite qu'il s'agissait de l'équipe de foot de Réo, qui revenait d'un match gagné dans les dernières minutes. Et coïncidence, ils allaient au même maquis que nous. Après une longue hésitation, nous les avons suivis courageusement, et nous sommes planqués dans un coin pour manger, pendant que tous dansaient sur le dancefloor, au rythme d'une musique à se casser les tympans.
Deuxième blague : c'est l'histoire de trois Français qui veulent payer leur plat de spaghetti sauce tomate à 2250 francs avec un billet de 10 000 francs. La serveuse part chercher la monnaie, et revient 30 minutes plus tard sans la monnaie, ne proposant aucune solution, genre "le Nassara va payer son repas un peu plus cher". Pendant ce temps-là, des marchands de bronze entamaient une approche stratégique vers la table. Mais les Français ne se laissent pas abattre, et tentent le change auprès des marchands, dont un part à son tour chercher la monnaie, après l'échec de l'argument "il faut acheter au magasin pour faire de la monnaie". Il revient bredouille. Aux grands maux les grands moyens, la serveuse part chez elle trouver l'argent, y a pas de problème, elle habite juste à côté, elle va revenir de suite. Pendant ce temps-là, les vendeurs déballent leur marchandise à la plus faible des trois. Ce n'est qu'une heure plus tard qu'elle arrive avec le Graal, et que les trois Français peuvent enfin aller se coucher, plus tard qu'aucune autre fois.
La nuit ne fut pas plus longue que la première, et c'est à la fraîcheur du matin que nous sommes rentrés à Kassou. Arrivés au domaine, affamés et crevés, recouverts d'une fine couche de poussière rouge et de transpiration, avec 30 km dans les jambes, on a cru que la troisième blague commençait ; le portail était fermé à clé, et personne ne semblait nous entendre. Heureusement, la douce voix de Matthieu a porté ses fruits, et c'est Pierre qui est venu nous ouvrir tranquillement.
Un long week-end s'achève, avec le match Marseille-Bordeaux tant attendu par Matthieu, que nous sommes tous les trois allé voir sous un toit de paille et de bois destiné spécialement à la diffusion des matchs et des films sur canalsat.
Ce matin, après une courte nuit, on entame nos derniers jours de cours un peu spéciaux car nous ne savons toujours pas la date exacte de la fin des cours de vacances...
Et avant de se quitter, un petit complément du savoir-vivre burkinabè :
Ici, dans tous les maquis, on peut emporter la nourriture, ils savent que tu vas leur rapporter leurs plats.
Ici, les gens n'arrivent pas à prononcer le prénom Roxanne (mais on a eu droit à des "Ossa...", Ossal", "Oxal", et j'en passe).
Ici, on aime quand la viande est très cuite.
Ici, on dit "La Maladie" et pas le Sida.
Ici, on dit pas "poulet rôti", on dit "poulet télévisé".
Ici, les gens ont tous les mêmes noms de famille : Yaméogo, Ouédraogo, Kaboré, Konaté...
Ici, pour dire le prix à l'unité, on répète deux fois : "le pain, c'est 50-50".
Ici, cinq paquets de 200 g sont moins chers qu'un paquet de 1 kg.
Ici, il y a des limitations de vitesse mais pas de compteur.
Ici, on sert le pain dans des sacs de ciment.
Ici, on fait la fête le samedi soir, le dimanche soir, et le lundi matin on fait un petit palu.
Ici, on n'emmène pas les Nassaras danser, on leur montre comment faire.
Ici, si tu n'as pas la monnaie, tant pis pour toi.
Ici, il y a 5 collèges par ville, 70 élèves par classe, et 3 classes par niveau.
Ici, les chiens ressemblent à des hyènes.
Ici, les charrettes attelées à un âne ont une plaque d'immatriculation, car c'est le premier moyen de transport du pays.
Ici, le clignotant n'est pas obligatoire.
Ici, les gens ont le smile =)
Ici, le séjour linguistique d'anglais se fait au Ghana.
Ici, avoir un étage à sa maison est un signe de richesse.
Ici, tu peux t'endetter avec le carburant de ta moto juste pour pouvoir frimer quand tu la sors.
Ici, il n'y a pas de poubelle il y a le sol.
Ici, on t'invite tout le temps, même pour travailler.
Ici, le jackpot du loto est de 2300 euros.
Ici, les femmes qui viennent de la brousse ont toujours des vêtements impeccables. Mais comment elles font ?!
Ici, la pluie coupe les connexions internet, mais quelques jours après.
Sur ce, nous vous souhaitons une bonne semaine.
On vous kiffe toujours.
La Faso-Team.
quelques précisions utiles pour une lecture suivie et juste de la Genèse , avec Caïn et Abel
RépondreSupprimerCaïn était l'aîné, cultivateur:il fait une petite offrande des fruits du sol qui ne plaît pas beaucoup à Dieu (c'était pas les premiers , les plus beaux, il n'y avait pas de mangues ....)
Abel l'éleveur lui offre ses premières nées, bien grasses , bref ça plaît à Dieu
donc Caïn devient jaloux et tue son frère
difficile d'en tirer une conclusion politique entre noirs et blancs, non ?
car en Afrique , il y a des éleveurs et des cultivateurs , comme ailleurs ....
tout ça pour vous donner envie de lire ces beaux textes !
quelles impressions de se retrouver tout à fait dans la brousse pour dormir ? pas trop peur des bêtes sauvages ? qui ne sont peut-être que dans les zoos ?
RépondreSupprimertoujours autant de plaisir à vous lire : bravo
après une intense réflexion biblique, le serveur ne voulait-il pas parler de Jacob et Esaü ?
RépondreSupprimerEsaü l'aîné , ayant comme chacun sait vendu son droit d'aînesse pour un plat de riz gras
ce serait plus logique , non ?
Il me tarde votre retour!!! Encore un post bien agréable à lire, courage à vous! Bisous
RépondreSupprimerMerci pour votre long post! Vous nous manquiez! Quel weekend!! wahou!
RépondreSupprimerJ'ai adoré le petit complément du savoir-vivre burkinabé!
Bisous à vous 3 et spécialement à OXAL (Ca, ca va rester...! mouahahaha)
Si Roxane utilise aussi des zeugmas, Juliette va être jalouse.
RépondreSupprimerRevenus de là-bas, vous allez pouvoir écrire un guide d'ici.
Super.